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Les Pendus de Londres
Crime et société civile au XVIIIe siècle
Peter Linebaugh

Une coédition avec Lux.

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Frédéric Cotton et Elsa Quéré.

Édition préfacée et annotée par Philippe Minard.

29 € TTC - 12 x 21 cm - 648 pages
ISBN : 978-2-89596-275-5
Coll. Les réveilleurs de la nuit
Sortie le 3 mai 2018

Au XVIIIe siècle à Londres, la potence ne sert pas seulement à punir les criminels. Elle contribue aussi à imposer aux pauvres la tyrannie du capitalisme moderne naissant. La pendaison est un spectacle dissuasif pour quiconque tenterait de contrevenir à la loi de la propriété privée, ne fût-ce que pour ne pas mourir de faim.

Mêlant habilement l’analyse historique minutieuse et le récit picaresque, Les Pendus de Londres dresse une histoire sociale du crime, le récit de la justice et de la peine capitale. En recourant à une abondance de sources primaires – archives judiciaires, chansons et poèmes populaires, confessions et dernières paroles de condamnés –, l’auteur fait revivre les pendus, ces travailleurs ordinaires que rien ne destinait à la potence mais dont les usages et les coutumes apparaissaient comme une menace pour les élites au pouvoir.

Peter Linebaugh, disciple d’E.P. Thompson, a publié ce classique de l’« histoire par en bas » en 1991, ouvrage enfin traduit en français grâce aux efforts communs du CMDE et de Lux.

L'auteur

Peter Linebaugh est spécialiste de l’histoire anglaise et irlandaise ainsi que du travail et du colonialisme atlantique. Il est notamment l’auteur, avec Markus Rediker, de L’Hydre aux milles Têtes. L’histoire cachée de l’Atlantique révolutionnaire (Amsterdam, 2008).

Extraits

Ce nom ignoré, pour ne pas dire méprisé, par l’historiographie universitaire, appartient clairement à une « autre histoire », celle des récits, des pantomimes et des chansons. L’histoire orale de Sheppard a conservé son souvenir dans des milieux sociaux où les livres étaient rares et les sources sur la classe ouvrière susceptibles de fonder une historiographie indépendante, inexistantes. En outre, ce souvenir persista dans certaines luttes sociales qui s’inscrivaient dans la continuité, sinon l’amplification, des conflits moraux et politiques antérieurs. Située à mi-chemin entre l’apparente mort de la démocratie radicale en 1649 et sa résurrection dans les années 1790, la vie de ce malfaiteur soulève bien des questions concernant le lien entre « criminalité » et mouvement ouvrier. Elle interroge également le lien entre le pillage perpétré par la classe dominante et les vols commis par les pauvres, car Sheppard vivait à une époque où rares étaient les obstacles rencontrés par les conquêtes impériales et les expropriations sur le territoire national. Enfin, la vie de Sheppard soulève la question du lien entre le vol et la survie, à une époque où le niveau de salaire des travailleurs était si bas que les économistes peinent à expliquer comment ces derniers pouvaient bien subsister.

 

En 1783, le conseil de la Marine signalait : « Jusqu’ici, il était de coutume que les hommes quittent le travail une demi-heure environ avant la sonnerie de la cloche, et même durant les heures de travail, pour couper clandestinement du bois afin d’augmenter leurs fagots dont la valeur à la vente atteint souvent un shilling. »

En 1795, Samuel Bentham s’installa aux portes de l’arsenal de Portsmouth pour calculer la quantité précise de copeaux (chaque morceau de moins de trois pieds) qui en sortait. Il apprit que ces copeaux non seulement fournissaient l’une des principales sources de chauffage pour les pauvres, mais expliquaient aussi les traits caractéristiques de l’architecture des quartiers avoisinants : « les escaliers faisaient juste moins de trois pieds de large ; les portes, volets, placards et le reste étaient constitués de morceaux de bois mesurant tous moins de trois pieds ». Pour ceux qui bénéficiaient de cette coutume consacrée, les copeaux constituaient une part essentielle de leur environnement – logement, source d’énergie, cuisine et ameublement.