La Racine de l’Ombú
 
  Une voiture tombe en panne dans la campagne argentine. Son conducteur, étranger, trouve refuge dans une maison bordant la route, le foyer accueillant d’Alberto. La nuit est prétexte à toutes les confidences et Alberto raconte son histoire, celle de sa famille et celle de son pays, l’Argentine, pris dans les remous de la dictature et de la lutte sociale. Œuvre conjointe de deux Argentins exilés en Europe, La Racine de l’Ombú plonge le lecteur dans une allégorie de l’Argentine des années trente aux années quatre-vingt, à travers une divagation sur l’histoire, une hallucination nocturne contre l’oubli.

Le livre est sorti le 8 novembre 2013.

 
 

 

couverture La racine de l'Ombu

  Si l’édition de l’œuvre en langue originale présente le livre sous forme de BD, nous lui préférons, pour l’édition française, une approche plus contemporaine, celle d’un roman graphique qui interroge les frontières génériques. En effet les deux auteurs n’ont cessé de revendiquer ce brouillage de pistes, chacun à leur manière, dans leur trajectoire artistique : Alberto Cedrón n’était pas dessinateur mais peintre et sculpteur, passionné de peintures murales surdimensionnées, et l’on connaît le brio avec lequel Cortázar amène le lecteur, de manière parfois imperceptible, au seuil du fantastique, cet autre réel symbolisé ici par l’arbre Ombú.

Le choix du roman-graphique pour cette œuvre originale et inédite s’inscrit donc dans la volonté de notre collectif éditorial de mettre en valeur aussi bien la beauté picturale des planches d’Alberto Cedrón que la force du récit de Julio Cortázar.
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Un livre oublié

Entre 1977 et 1978, Cortázar alors à Paris et Cedrón exilé à Rome se retrouvent plusieurs fois dans la capitale française pour travailler sur ce projet initié par l’artiste peintre qui demande à l’écrivain de mettre des mots sur ses dessins. Tous les deux très sensibles aux événements tragiques de la dictature, se mettent à l’oeuvre d’arrache-pied. Bien évidemment censurée en Argentine, la seule édition de trois cents exemplaires et de mauvaise qualité a eu lieu contre la volonté du peintre chez un petit éditeur du Vénézuela, à qui Cedrón avait laissé négligemment les originaux.

C’est en 2004, grâce à Facundo de Almeida, le commissaire de l’exposition itinérante Presencias à Buenos Aires qui a commémoré les quatre-vingt-dix ans de la naissance de Cortázar que l’ouvrage a été réellement édité. Il a convaincu Cedrón, qui vivait alors à Lisbonne, de se rendre à Buenos Aires avec la seule copie de l’édition vénezuelienne qui lui restait afin de publier le livre à l’occasion de l’exposition.

Comme les originaux avaient été perdus, l’artiste a travaillé avec une équipe technique mobilisée pour l’occasion, pour récupérer les images et leur redonner vie.




femmes couleur


répression


Le livre par leurs auteurs

« Le plus mieux, comme disent les mômes, sera de raconter comment se sont déroulé les choses autour de cette histoire, qui malheureusement n’est pas pour les mômes malgré les croquis et les bulles. J’appelle ça une histoire et je pourrais même écrire ce mot avec une majuscule, puisque dans celle-ci l’imaginaire est à peine un pivot ou un point de départ pour le reste, la réalité de l’Argentine lors de ces dernières décennies. Et si on donne en général à ce genre d’oeuvres graphiques l’intitulé de comics, de bandes dessinées humoristiques, il sera mieux de dire qu’ici les masques sont tragiques et que cette oeuvre d’Alberto Cedrón ne se base pas essentiellement sur le jeu ou sur la fantaisie ; partant de lui-même comme figure centrale du récit, les autres images proviennent des souvenirs et des évocations, de l’horreur et de l’espoir ; chronique d’une vision argentine, j’entends par là une vision actuelle de l’enfer. »
Paris, 1980 ; Julio Cortázar.

« Ce livre a été réalisé il y a deux ans ; à cause des aléas du destin,
peu de temps avant sa parution,une fois encore la réalité s’est
faite fiction et la fiction réalité. Le premier juin, Jorge Cedrón,
cinéaste argentin, s’est suicidé de quatre coup de couteau dans le
coeur, dans les locaux de la Police Judiciaire, Quai des Orfèvres,
Paris. Le texte qui suit ci-dessous est ce qu’il a écrit peu de temps
avant de mourir :
Tu reviendras hirondelle
comme les orgues de barbarie
par les antiques ruelles peuplées
comme dans la forêt en feu de ton ventre
ou dans la maisonnette de Santa Clara
que je ferai pour nous
un jour
je la ferai ? Tu reviendras ?
bien qu’avec le front ridé
avec la neige ? Avec le temps ?
pour que survive cet espoir
cet espoir qui grandit et grandit
et ne me laisse me reposer.
Le peuple a retenu la leçon, il est seul
et il doit se battre pour lui-même
et de ses propres entrailles
il doit sortir les peurs, le silence,
l’astuce, la force.
 »
Juin 1980 ; Alberto Cedrón.


résistant


Presse

André Rollin, « La Racine de l’ombú », Le Canard enchaîné, 19-26 mars 2014
Jean-Marc Adolphe, « Fresque d'ombres », Mouvement n°73, mars-avril 2014
Marie Torres, « Cedrón et Cortázar ont évoqué un sujet tragique de façon magnifique et macabre », Micmag, mars 2014
Pascal Ory, « Les tribulations d'un buveur de maté », Lire n°423, mars 2014
Chloé Brendlé, « Cortazàr conteur d'un autre », Le Magazine Littéraire n°539, janvier 2014
« Des racines et des ombres », Toroshiru blog, 24 novembre 2013
Patricia Martin, « Que lire cette semaine ? », Le masque et la plume, dimanche 24 novembre 2013
Chronique Le temps, n°815, Suisse, samedi 14 décembre  2013
Annonce, L'express n°3252, mercredi 30 octobre 2013
Silvina Friera, « Cortazàr es libertad pura », Pagina 12, Argentine, 16 octobre 2013,
« La part de l'ombre » blog À chacun sa lettre
« Un dernier atelier en exil », Actualitté, Mathias de Breyne
« Le royaume des ombres du duo Cedrón et Cortazàr », Mediapart, Patrice Beray
« Comment les mots de Cortazàr ont traduit les dessins de Cedrón », La République des Livres, Mathias de Breyne

Alors que ce livre était encore totalement inconnu en France, il avait déjà bénéficié de quatre articles :
« Cases de Cortazàr », Magazine Littéraire, n°532, juin 2013.
« Inédits d'outre-tombe », Le Monde des livres, n°21263, 31 mai 2013.
« Un inédit de Cortázar refait surface », le Point, 7 juin 2012, Marion Cocquet.
Mathias de Breyne, « La Racine de l’ombú », La Matricule des anges, février 2013.


 


Radio

Canal Sud, radio associative toulousaine, a reçu mardi 5 novembre Marion Gary, membre des éditions CMDE, pour présenter La racine de l'Ombú, l'inédit de Julio Cortázar et d'Alberto Cedrón qui paraît le 8 novembre 2013 : c'est l'occasion de revenir sur la genèse du livre, son parcours mouvementé, tombé dans l'oubli puis sorti de l'ombre.
Un livre qui, à travers l'histoire personnelle du peintre Alberto Cedrón dans les quartiers populaires de Buenos Aires, en dit long sur l'histoire de son pays, l'Argentine, traversé par les coups d'Etat mais aussi par les résistances, l'espoir posé dans un peuple qui - comme le dit Cortázar à la fin du livre - s'écrit au-delà de ces pages…

Fabrice, libraire de Terra Nova, parle deLa racine de l'Ombú pour sa première chronique mensuelle sur Radio radio, 106.8 fm à Toulouse.
   
 

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